LAUSANNE

ENCORE UNE INFILTRATION DE GROUPES POLITIQUES PAR DES AGENT-E-S DE SECURITAS

 

Le 12 juin 2008, le reportage de la TSR Ç Temps prŽsent È rŽvŽlait au public quĠun groupe de travail dĠAttac-Vaud avait ŽtŽ infiltrŽ, de 2003 ˆ 2004, par une agente de Securitas, se prŽsentant sous la fausse identitŽ de Sara Meylan, pour le compte de lĠentreprise transnationale NestlŽ. Quelques semaines plus tard, le groupe anti-rŽpression de Lausanne (gar)*, apprenait quĠil avait ŽtŽ gratifiŽ du mme genre dĠintrusion indŽsirable.

 

*Le gar est un groupe de militantes et militants qui depuis plusieurs annŽes sĠest fixŽ pour but dĠexaminer les questions concernant la rŽpression, dĠinformer les gens sur leurs droits, particulirement lors de manifestations, de recueillir des tŽmoignages de personnes ayant subi des actes de rŽpression et de conseiller sur lĠattitude ˆ avoir en cas dĠinterpellation, dĠarrestation, dĠenqute ou dĠappel ˆ tŽmoigner. A ces t‰ches sĠest ajoutŽ un travail de terrain avec des permanences lors dĠimportantes manifestations (G8, anti-WEF, etc) ˆ Lausanne ou ailleurs.

Le gar veut aussi effectuer un travail dĠinformation large : rendre public les ŽvŽnements et les tŽmoignages qui relvent directement de la rŽpression. Ce travail se fait par diffŽrents moyens : par lĠentremise de communiquŽs de presse, de rapports recueillant tŽmoignages et chronologies dĠŽvŽnements ou par des interventions lors des manifestations qui traitent du thme de la rŽpression.

 

Sous la fausse identitŽ de Shanti Muller, la cheffe du Crime Investigation Service (CIS), service dĠinvestigation de la filiale lausannoise de Securitas a frŽquentŽ le gar ds lĠautomne 2003 et jusquĠˆ lĠŽtŽ 2005.

 

Ces pratiques nous inspirent quelques rŽflexions, que nous allons exposer ci-aprs, ˆ lĠintention, dĠabord, des personnes directement touchŽes par cette infiltration ; ensuite, du public.

 

Dans un premier temps, nous souhaitons Žtablir les faits. Nous indiquerons brivement le parcours de lĠagente auprs du gar. Puis, nous tenterons dĠŽnumŽrer les espaces qui, ˆ notre connaissance, ont ŽtŽ infiltrŽs par cette mme personne.

 

Dans un deuxime temps, nous effectuerons un tour dĠhorizon pour cerner les activitŽs de Securitas, leur ampleur, les liens de lĠentreprise avec ses partenaires politiques et Žconomiques. Cela nous permettra de donner une idŽe de lĠimplantation des firmes de sŽcuritŽ privŽe dans le paysage institutionnel environnant.

 

Dans un troisime temps, nous livrerons le bilan politique que nous faisons de cette affaire.

 

Enfin, nous proposerons quelques considŽrations que nous souhaiterions utiles pour lĠavenir.

 

I          PARCOURS DE LĠAGENTE

 

LĠagente se faisant appeler Ç Shanti Muller È raconte tre issue dĠune famille de coopŽrant-e-s franais-es, avoir ŽtŽ scolarisŽe dans un institut de bonnes sÏurs et avoir appris le maniement des armes ˆ Djibouti. Encore mineure, elle se serait enfuie en Inde avec son amoureux tatoueur. UltŽrieurement elle y aurait fait du travail humanitaire, puis se serait fait expulser dĠInde pour avoir trafiquŽ ses visas.

 

On est loin de la personnalitŽ effacŽe de Ç Sara Meylan È. Ç Shanti Muller È est vive, rit volontiers, sĠintŽresse aux personnes et joue sur le registre de lĠamitiŽ, se rendant par exemple au domicile de personnes quĠelle c™toie.

 

Cette personne commence son travail dĠinfiltration fin 2002 ˆ Genve. Elle suit rapidement ce qui se passe ˆ Lausanne, participe notamment ˆ des rŽunions de prŽparation de l'anti-G8, puis est prŽsente au village alternatif pendant le sommet. A lĠautomne 2003, elle commence ˆ suivre avec assiduitŽ les rŽunions du groupe anti-rŽpression et fait preuve dĠun grand intŽrt et de beaucoup de motivation. Arrivant de nulle part, avec un passŽ invŽrifiable, mais dans un contexte o beaucoup de nouvelles personnes se mobilisent, il est dŽcidŽ de ne pas tre paranos et de lui faire une place au gar, malgrŽ les soupons quĠelle a suscitŽ. Elle participe donc aux sŽances du gar, sŽances non ouvertes au public. Elle a par ailleurs accs aux donnŽes et tŽmoignages des victimes de rŽpression policire, donnŽes confidentielles.

 

Dans le cadre des mobilisations anti-WEF 2004, lors de lĠencerclement ˆ Landquart, o plus de 1'000 personnes ont ŽtŽ fichŽes, elle se fait matraquer par la police et est blessŽe ˆ lĠarcade sourcilire gauche. Un accident de travailÉ Elle est alors ŽvacuŽe par ambulance dans des conditions peu claires.

 

Ç Shanti Muller È ratisse large. Le travail de la taupe dŽpasse clairement le cadre du gar ˆ Lausanne : elle prend part aux manifestations anti-WEF et anti-G8, au moins ˆ une manifestation pour la protection des animaux, est active dans les Žquipes sanitaires dans les manifestations et sĠapprochera de certains squats, entre autres en participant ˆ des ftes ou des repas. Sur Genve, elle est proche du Forum social lŽmanique (FSL). Elle assiste aussi ˆ des rŽunions de lĠanti-rŽpression nationale ˆ Berne. Elle sĠintŽresse donc ˆ plusieurs groupes et rŽseaux, et sĠen approche avec plus ou moins de succs. Il appartient dŽsormais ˆ ces groupes de dŽcider sĠils souhaitent faire conna”tre davantage ce que la taupe a fait chez eux.

 

En juin 2005, elle dit devoir partir en France au chevet de sa mre souffrant dĠun cancer. En automne de la mme annŽe, elle nous dit avoir elle-mme de trs graves problmes de santŽ et devoir rester auprs de sa mre. Nous ne lĠavons plus vue depuis. Elle envoie cependant quelques messages de loin en loin. Fin 2007 encore, pendant le tournage du Temps prŽsent sur le NestlŽgate, nous recevons une gentille petite carte postale dĠInde demandant de nos nouvelles et indiquant ˆ quel point nous lui manquons. Une attention dŽsormais peu apprŽciŽe.

 

 

II        SECURITAS, LE PARTENAIRE UTILES EN TOUTES CHOSES

 

Securitas, ce nĠest pas seulement le garde pŽpre au bŽret bleu faisant ses rondes de nuit. Cette entreprise familiale, crŽŽe il y a 101 ans et au chiffre dĠaffaires de 800 millions en 2006[1], a largement diversifiŽ ses t‰ches, et lĠinfiltration pour le compte de NestlŽ ou dĠautres client-e-s nĠest quĠun aspect parmi tant dĠautres. En y regardant de plus prs, on sĠaperoit que Securitas remplit de nombreuses fonctions dans diffŽrents domaines, dont certaines Žtaient auparavant rŽservŽes ˆ la police. Amnesty International dŽnonce la dŽlŽgation de t‰ches policires ˆ des entreprises privŽes comme Ç risque pour les droits humains È et rapporte de nombreux tŽmoignages faisant Žtat de violence injustifiŽe de la part dĠagent-e-s de Securitas[2]. QuĠon sĠentende bien : il ne sĠagit pas pour nous de revendiquer une police plus puissante, nos motivations ne sont pas les mmes que celles du syndicat de la police. DĠailleurs, nous ne pensons pas non plus que cette dŽlŽgation nuise ˆ la police (tout au plus au salaire des policiers), bien au contraire. Police, armŽe et entreprises privŽes travaillent allgrement main dans la main, et cela pas que pendant lĠEurofoot ou le WEF, mais au quotidien.

 

Concrtement :

á      Maintien de lĠordre sur la voie publique.

Pour lutter contre les actes de vandalisme, Securitas patrouille sur mandat des autoritŽs communales, par exemple ˆ Worb (Berne)[3], ˆ Frauenfeld (Thurgovie)[4], ˆ Reinach (B‰le-Campagne)[5], ˆ Menzingen (Zoug)[6], ˆ UnterŠgeri (Lucerne)[7], ˆ Cugy (Vaud) pour ne nommer que quelques communes. A Uetikon (Zurich), la commune a engagŽ ce printemps des patrouilles avec chiens. Cette mesure est, selon les dires des autoritŽs, un changement de paradigme dans le concept de sŽcuritŽ de la commune, Ç de la communication vers plus de rŽpression È[8].

A mentionner Žgalement dans cette catŽgorie, la surveillance des parkings publics et la chasse aux sacs poubelles illŽgaux.

á      Maintien de lĠordre lors dĠŽvŽnements sportifs.

Les agent-e-s de Securitas rglent la circulation lors de matchs de foot, de concerts et de manifestations privŽes sur mandat des autoritŽs communales ou cantonales. Par exemple, lĠEurofoot, o Securitas et Protectas ont formŽ un consortium PriSecE08[9].

á      Maintien de lĠordre lors de manifestations politiques

Durant le G8 ˆ Evian, Securitas a collaborŽ trs Žtroitement avec la police cantonale vaudoise. DĠailleurs, le chef des gendarmes vaudois, Alain Bergonzoli, est un ancien cadre de Securitas[10]. Autre exemple, en janvier 2008, un agent de Securitas a ŽtŽ observŽ en train de filmer les manifestations anti-WEF.

á      Maintien de lĠordre dans des Žtablissements publics.

Securitas est de plus en plus prŽsente dans les Žtablissements scolaires, par exemple au collge Kollegium Schwyz[11] o les agent-e-s patrouillent pour empcher des actes de vandalisme sur le site de lĠŽcole. Comme cette mesure nĠa pas donnŽ les rŽsultats escomptŽs, le recteur mise ˆ prŽsent sur la vidŽosurveillance – en plus des Securitas, bien sžr.

Securitas est Žgalement mandatŽ pour contr™ler lĠaccs ˆ plusieurs services administratifs vaudois, la Service de la Population (SPOP) et le Service de PrŽvoyance et Aide Sociale (SPAS), pour en nommer deux.

Certains h™pitaux recourent aussi ˆ Securitas, en plus de leur propre service de sŽcuritŽ[12]. Par exemple lĠH™pital universitaire de Zurich et le CHUV ˆ Lausanne, o un Securitas contr™le lĠentrŽe au service des urgences (et renvoie les mal-peignŽ-e-s ?) A lĠh™pital de Saint-Gall, les agent-e-s sont mme accompagnŽ-e-s de chiens.

á      Maintien de lĠordre dans les transports publics.

Chez les CFF bien sžr, o une entreprise a spŽcialement ŽtŽ crŽŽe ˆ cet effet en 2001 : Securitrans (appartenant ˆ 51% aux CFF et ˆ 49% ˆ Securitas). Cette police ferroviaire dispose de plus de compŽtences que les autres Securitas[13].

DĠautres entreprises de transport public ont recours ˆ Securitas, par exemple Bern Mobile (pour les bus de nuit)[14].

á      Maintien de lĠordre ˆ lĠaŽroport.

Custodio AG, une filiale de Securitas, se charge de la sŽcuritŽ de lĠaŽroport de Zurich : contr™le des bagages et des passagers/res.

á      Transport et surveillance de prisonniers/res.

Encore une Žtroite collaboration entre Securitas et les CFF, cette fois sur mandat de la ConfŽrence des directrices et directeurs des dŽpartements cantonaux de justice et police (CCDJP) et avec le soutien financier de la ConfŽdŽration (qui prend en charge 34% des frais chaque annŽe). Ces deux entreprises ont dŽveloppŽ un concept pour le transports intercantonal des prisonniers/res (rebaptisŽ Jail-Transport-System)[15]. Les CFF mettent les wagons ˆ disposition, Securitas assure la surveillance dans les trains ainsi que les transports sur route. Tout transbordement, mise de menottes, etc. serait cependant exclusivement effectuŽ par la police. Ce projet lucratif (env. 4 millions par an pour Securitas), dĠabord limitŽ ˆ cinq ans, a ŽtŽ prolongŽ de cinq autres annŽes en 2005. Le consortium souligne lĠaspect Žcologique (transports groupŽs) et le respect des droits de la personne. Ce dernier point est particulirement cynique si on tient compte de la taille des cellules (1,34 m2) et des Ç cellules familiales È, un peu plus grande, souvent utilisŽes puisquĠenviron un tiers des personnes transportŽes sont des dŽtenu-e-s en vue de refoulement[16]. A noter Žgalement que les mineur-e-s Ç dŽlinquant-e-s È sont transportŽ-e-s dans le mme wagon, donc avec des personnes majeures[17].

Securitas semble avoir de lĠexpŽrience avec les mineur-e-s, puisquĠil sĠoccupe Žgalement du Foyer des Prles, un Žtablissement dĠexŽcution des mesures du canton de Berne dŽpendant de la Direction de la police et des affaires militaires du canton de Berne et disposant entre autres dĠun Žtablissement fermŽ et de quartiers disciplinaires. Ces derniers ne disposent mme pas dĠune cour de promenade. Suite au rapport 2001 du Ç ComitŽ europŽen pour la prŽvention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dŽgradants È[18] dŽnonant ce point, les jeunes peuvent ˆ prŽsent sortir accompagnŽs dĠun Securitas, une expŽrience trs positive selon la Direction de la police et des affaires militaires, qui omet toutefois dĠen indiquer la durŽe et la frŽquence[19].

Des Securitas ont Žgalement jouŽ aux matons pendant au moins quatre mois en 1998 dans les prisons bernoises, sur mandat du canton, pour pallier aux diverses Žvasions[20]. Et Securiton (une filiale de Securitas) sĠest chargŽ des installations de sŽcuritŽ de la prison prŽventive de Grosshof ˆ Kriens[21].

á      Surveillance dans les centres pour requŽrant-e-s dĠasile.

Petit dŽtail rŽvŽlateur : sur le site Internet de Securitas, le domaine de lĠasile nĠest pas listŽ dans les prestations mais juste ŽvoquŽ dans la rubrique Ç Transport de dŽtenus È. Cela illustre bien lĠapproche de Securitas.

Les centre dĠenregistrement et de procŽdure (CEP) sont gŽrŽs conjointement par lĠORS Service AG et Securitas, sur mandat de lĠOffice fŽdŽral des migrations. De nombreux cas de violences (bras cassŽ, contusions, etc.) ont ŽtŽ documentŽs[22] mais les autoritŽs sĠalignent toujours sur lĠargumentation des Securitas, rejetant la faute ˆ la victime.

Les agent-e-s de Securitas sont aussi prŽsent-e-s dans de nombreux autres centres, sur mandat des cantons ou des communes. La nouvelle loi sur lĠasile, en vigueur depuis le 1er janvier 2008, leur permet de harceler encore plus les requŽrant-e-s dŽboutŽ-e-s. A Zurich, un requŽrant NEM a demandŽ au responsable du centre dĠAltstetten pourquoi ils Žtaient contr™lŽs aussi souvent. RŽponse : Ç Pour vous rendre la vie dure afin que vous partiez plus vite È.

Voilˆ pour les missions officielles de Securitas sur mandat des autoritŽs. Pour rappel, voici une brve vue dĠensemble des services proposŽs aux entreprises privŽes et aux particuliers : surveillance dĠobjet (b‰timent, chantier, surveillance par ronde ou agent-e sur place en permanence, surveillance pendant les vacances) ; service dĠordre lors de concerts et autres ŽvŽnement, service de circulation ; protection de biens et de valeurs, protection lors de transports ; protection de personnes ; centrale dĠintervention. Et nĠoublions pas les diffŽrentes filiales de Securitas proposant des solutions techniques[23], principalement dans le domaine des systmes de sŽcuritŽ, systmes dĠalarme et systmes anti-feu, ainsi que le contr™le dĠaccs et la destruction des documents (pratique pour faire dispara”tre les documents compromettants...). A noter : Polyright, une joint venture de Securitas et Kudelski[24] qui propose un systme de gestion dĠaccs. Polyright se charge entre autres du systme de gestion des cartes dĠŽtudiant-e-s et du contr™le dĠaccs pour diffŽrentes universitŽs en Suisse, de mme que du contr™le dĠaccs pour des cliniques et h™pitaux ainsi que pour diverses entreprises privŽes. Petit dŽtail intŽressant : Lucien Gani, membre de la Direction de Groupe Kudelski depuis 2006 et responsable des affaires juridiques du Groupe, Žtait de 1998 ˆ 2008, membre du conseil administratif de CIS, division de Securitas spŽcialisŽe dans lĠinvestigation.

 

A cela sĠajoutent, tant pour les entreprises privŽes que pour les autoritŽs publiques, diverses missions dĠespionnage en tout genre. LĠinfiltration politique nĠest quĠune corde ˆ leur arc et ne reprŽsente sans doute quĠune petite part des recettes des Ç investigations services È proposŽs par la filiale CIS SA ˆ Kloten : lĠespionnage industriel et commercial est certainement plus lucratif. Et comme Securitas fait ses rondes de nuit dans des milliers dĠentreprises, on peut se demander si Securitas sait rŽsister ˆ la tentation : ce serait si simple de choisir la bonne clŽ dans lĠimmense trousseau ou de dŽsactiver le systme dĠalarme au bon moment...

Selon diffŽrentes sources[25], Securitas et dĠautres entreprises privŽes fouinent aussi allgrement chez les particuliers/res : ainsi, elles traquent les assurŽ-e-s sur mandat des assureurs-maladie, les prŽcarisŽ-e-s sur mandat des communes et les invalides sur mandat de lĠAI. Certaines entreprises sĠinfiltrent aussi dans des entreprises pour Žlucider des vols et informent en passant la direction sur les convictions politiques et les activitŽs syndicalistes des employŽ-e-s. A part a, CIS souligne aussi ses compŽtences dans le domaine de la surveillance et la collecte de preuves (par quels moyens ?) dans le domaine du hooliganisme... Et vive lĠEurofoot et le renforcement de la Loi fŽdŽrale instituant des mesures visant au maintien de la sžretŽ intŽrieure (LMSI) !

 

Pour obtenir un tel succs et une telle omniprŽsence, rien ne vaut le rŽseautage ! Securitas est spŽcialiste en la matire et ˆ vouloir dŽmler la pelote, on sĠy emmle de plus en plus. Il nĠempche que certains liens sont frappants[26]. DĠabord, Securitas est trs active au sein de la lĠAssociation des entreprises suisses de services de sŽcuritŽ (VSSU) : Hans Winzenried, directeur gŽnŽral de Securitas, prŽsident du conseil administratif de Securitrans et prŽsident du conseil administratif de Custodio AG, est le prŽsident de la VSSU. Et comme il faut aussi soigner les contacts avec les entreprises, Hans Winzenried est Žgalement membre de lĠUnion patronale suisse. Mais revenons au VSSU, on y retrouve un autre ŽlŽment intŽressant : la vice-prŽsidence est assurŽe par Urs HŸrlimman, lĠex-commandant de la police cantonale de Zoug, du Service de Renseignement StratŽgique (SRS), qui dŽpend du DŽpartement fŽdŽral de dŽfense, de la protection de la population et des sports (DDPS). Les liens entre lĠarmŽe et Securitas sont plus Žtroits que cela : Hans Winzenried prŽside la commission de lĠarmement du DDPS, une commission servant de lien avec lĠŽconomie, la recherche et le monde scientifique. Reto Casutt est non seulement le secrŽtaire gŽnŽral de Securitas et membre du conseil dĠadministration de Securitrans et de CIS, mais il sige aussi au comitŽ de la VSSU et surtout, il est chef dĠ Žtat major (Ç Stabschef È) des auditeurs en chef de lĠarmŽe qui administrent la justice militaire et veillent ˆ sa bonne application. Tous ces contacts avec lĠarmŽe rapporte :: non seulement parce que le DDPS aurait selon le Blick versŽ en 2007 13Ġ000 francs ˆ chacun des membres de la commission de lĠarmement comme indemnitŽs journalires et frais, mais aussi et surtout parce que cela aide sžrement ˆ conclure des contrats intŽressants. Par exemple UewSyst, un systme de surveillance de lĠarmŽe, conu par Securiton et utilisŽ entre autres pour protŽger le WEF[27].

Le prŽsident du conseil administratif de CIS, Jšrg Stocker, Žtait, avant de dĠtre commandant de Securitrans de 2002 ˆ fŽvrier 2008, commandant de la police de Lucerne[28]. Sa fonction chez Securitrans est dĠautant plus intŽressante que le demi-tarif de Sara Meylan (la taupe dĠAttac) Žtait enregistrŽ ˆ lĠadresse dĠun certain Pascal Delessert, alors chef de la police ferroviaire romande, actuellement conseiller municipal radical de Prilly et major ˆ lĠarmŽe (signalons en passant que ce demi-tarif est un faux et que le faux et usage de faux est un dŽlit poursuivi dĠoffice...). Le troisime membre du conseil administratif de CIS, Herbet Hšck, est le directeur de Custodio, il est lui aussi membre du conseil administratif de Securitrans et accessoirement prŽsident de la communautŽ dĠintŽrt Ç IG Flughafen ZŸrich È.

Mais une personne manque encore au tableau des liens entre lĠarmŽe, la police et les services dĠinvestigations de Securitas : le responsable direct de Sara Meylan, sous les ordres de Shanti Muller, qui a Žgalement essayŽ de recruter, en vain, SŽbastien S[29]. Bien quĠil ne travaille plus chez Securitas depuis 2005, cĠest lui qui rŽpond au numŽro de portable donnŽ ˆ lĠŽpoque par Sara Meylan au groupe de rŽdaction dĠAttac. Il a aujourdĠhui sa propre entreprise de sŽcuritŽ ˆ Fribourg, spŽcialisŽe dans le domaine des assurances-maladie. Il tient ˆ rester anonyme – menaant les journalistes de reprŽsailles si son nom est rŽvŽlŽ – car cet ancien officier de la police fribourgeoise et gradŽ de lĠarmŽe a ŽtŽ accusŽ de pŽdophilie[30] et a finalement condamnŽ au TF ˆ deux ans et demi de rŽclusion pour actes dĠordres sexuels sur mineur[31].

 

Securitas a les bras longs et est devenu un partenaire indispensable aux diffŽrentes autoritŽs. Le scandale dŽclenchŽ par NestlŽgate est certes dŽsagrŽable, mais ce nĠest pas la premire fois que Securitas est sous les feux de la critique. Cela ne lĠa pas empchŽ de suivre son chemin. Et nĠoublions pas non plus que Securitas, tout en Žtant le numŽro 1 en Suisse, nĠest pas la seule entreprise du genre.

Rappelons Žgalement que ce nĠest pas la premire fois quĠune entreprise privŽe mandate des espions, un cas au moins a ŽtŽ rŽvŽlŽ au grand public il y a quelques annŽes : Manfred Schlickenrieder, qui avait infiltrŽ (sans doute sur mandat des services secrets) pendant des annŽes les mouvements rŽvolutionnaires en Allemagne et en Suisse, dŽvoilŽ par le RevolutionŠren Aufbau en 2000[32], espionnait aussi sur mandat dĠune entreprise de sŽcuritŽ privŽe, Hakluyt, sise en Angleterre. Cette agence, appartenant ˆ un ancien membre du MI-6 (les services secrets anglais), lĠavait entre autres chargŽ dĠobserver Greenpeace, sur mandat de Shell. Le dŽtail qui tue : John Hedley, responsable de la sŽcuritŽ chez NestlŽ pendant le G8 Žtait lui aussi membre du MI-6...

 

 

III       EN GUISE DE BILAN POLITIQUE

 

Cette entreprise privŽe de sŽcuritŽ a infiltrŽ le groupe anti-rŽpression de Lausanne (gar). Elle a infiltrŽ aussi dĠautres groupes du mouvement anti-capitaliste ou protestataires, dans les cantons de Vaud et Genve, ainsi que des rŽseaux de coordination interrŽgionaux.

 

Sommes-nous surpris-e-s ? Mmmh.

 

Le contexte sŽcuritaire

Nous pensons quĠaucun pouvoir, quĠil soit privŽ ou dit public, ne renonce ˆ espionner celles et ceux dont il pense quĠils/elles peuvent lui porter atteinte. LĠhistoire suisse rŽcente nous en a donnŽ de bonnes illustrations. En 1976 Žtait rŽvŽlŽe lĠactivitŽ dĠErnst Cincera, conseiller national radical zurichois qui rŽcoltait et stockait de sa propre initiative des informations sur les personnes de gauche et les transmettait aux autoritŽs et aux entreprises privŽes. En 1989 Žclatait lĠaffaire des fiches : sous prŽtexte de pŽril rouge, une quantitŽ effarante de donnŽes ont ŽtŽ rŽcoltŽes et rŽpertoriŽes sur le compte de prs de 900'000 personnes, qui exeraient, ou Žtaient souponnŽes dĠexercer, leur droit dĠexpression et de rŽunion Plus rŽcemment, en 2000, le systme dĠespionnage des tŽlŽcommunications du Service de renseignement stratŽgique, dŽsormais connu sous le nom dĠOnyx, a ŽtŽ perfectionnŽ, ce qui a valu ˆ son responsable le prix Big Brother Awards en 2006. Ce systme, petit frre dĠEchelon, sert ˆ espionner les communications par tŽlŽphone, tŽlŽcopie, messagerie Žlectronique.

 

Les moyens de surveillance sont divers et variŽs ; ils se multiplient depuis quelques annŽes, particulirement depuis 2001, en se nourrissant du riche substrat que fournit le discours sur la lutte contre le terrorisme. On relvera notamment lĠintroduction croissante de mesures dites prŽventives, prŽsentŽes comme nŽcessaires pour se prŽmunir de dangers prŽsumŽs. En Suisse, la Loi fŽdŽrale du 21 mars 1997 instituant des mesures visant au maintien de la sžretŽ intŽrieure (LMSI) et le projet de son renforcement en donnent un aperu que dĠaucun-e-s considrent sans sourciller compatible avec un Etat dit de droit : le Service dĠanalyse et de prŽvention (SAP), rattachŽ au SRS du DDPS, rŽclame des moyens supplŽmentaires, notamment la possibilitŽ de rŽmunŽrer des agent-e-s infiltrŽ-e-s et de disposer de fausses identitŽs[33]. Tout prs de chez vous, encore, les entreprises privŽes de sŽcuritŽ font feu de tout bois - pour bien chauffer leurs actionnaires - en offrant des moyens supplŽmentaires, parallles, auxiliaires, obscurs et discrets de surveiller cette engeance menaante qui sĠobstine ˆ ne point sĠaccommoder du capitalisme.

 

Alors, sommes-nous surpris-e-s ? Mmmh. Nous ne le sommes pas. Cela ne signifie pas pour autant que nous acceptions de telles manigances comme des rgles du jeu lŽgitimes : ce sont celles de la loi de la jungle dont le capitalisme est coutumier. Le capitalisme ne respecte rien ni personne, hormis, trs Žventuellement, sous la contrainte. Il dŽvore tout ce quĠil trouve sur son passage, pour le dŽfŽquer sous forme de profit.

 

Quand le pouvoir veut intŽgrer la critiqueÉ

Depuis les blocages qui ont rŽussi ˆ perturber la confŽrence ministŽrielle de lĠOrganisation mondiale du commerce (OMC) ˆ Seattle, en 1999, les milieux Žconomiques ont peru la menace que peuvent reprŽsenter des mouvements anti-capitalistes radicaux. Ils ont donc dŽployŽ des moyens sur deux plans : rŽpression et intŽgration. La surveillance et le fichage des groupes font partie de lĠaxe rŽpression ; on dira quĠici, par rapport ˆ ce qui se passe dans dĠautres pays, nous avons encore de la chance : on ne nous tire pas (encore) dessus ˆ balles rŽelles. LĠautre axe, celui de lĠintŽgration de la critique, se dŽroule sous nous yeux de mŽdia-spectateurs/trices : OMC et WEF multiplient les efforts de communication pour se montrer plus civilisŽs quĠils ne le sont ; ils font mine dĠouvrir leurs forums ˆ des ONG et de pr™ner le dialogue constructif ; ils sĠapproprient les discours sur les prŽoccupations du moment, tout en poursuivant leur Ïuvre de destruction sur le terrain du concret. Que voulez-vous de plus : une Žconomie responsable qui recherche lĠintŽrt commun et se proclame moyen de lutte contre la pauvretŽÉ

 

Vous nĠy croyez pas ? Nous non plus, raison pour laquelle nous participons aux luttes pour lĠinstauration dĠautres types de rapports sociaux. Et lorsquĠon aborde ce chapitre, un thme vient systŽmatiquement polluer la discussion : celui de lĠemploi de la violence. Non pas celle que le systme capitaliste, les entreprises transnationales et les gouvernements qui leur sont alliŽs dŽploient contre la plante, ses habitant-e-s, sa flore, sa faune. Non, celle-ci on lĠescamote : sacrifice sur lĠautel du profit et du Ç dŽveloppement È, fut-il Ç durable È. CĠest de lĠemploi de la Ç violence È par celles et ceux qui tentent de limiter les dŽg‰ts, voire de sortir dĠun systme intrinsquement destructeur, quĠil est question.

 

La vieille rengaine de la violenceÉ

LĠexpŽrience nous montre que les mouvements sociaux, quoi quĠils fassent, sont accusŽs de violence par celles et ceux quĠils visent, souvent soutenus par les mŽdias. LĠexemple rŽcent dĠAttac nous le montre encore une fois : dans le cadre dĠune affaire bien connue similaire ˆ celle qui nous occupe, Attac est accusŽ par les avocats de NestlŽ et de Securitas dĠtre un groupe violent, car il participe ˆ lĠorganisation de manifestations qui peuvent Ç dŽgŽnŽrer È , alors mme quĠAttac se prŽsente et agit comme mouvement aux moyens pacifiques.

 

Bref, nous nous trouvons face ˆ des groupes dĠintŽrt rompus ˆ lĠart de retourner les choses : autrement dit, manipuler. LĠagresseur devient lĠagressŽ. LĠavocat de NestlŽ, lors dĠune audience devant un tribunal le 23 juillet 2008, a dŽclarŽ que la campagne dĠAttac dŽnonant les agissements de la firme constituait une agression. LĠavocat de Securitas, lors de cette mme audience, est allŽ jusquĠˆ prŽsenter comme un danger le mouvement anti-guerre de 2003, qui sĠagitait dans tous les coins de la plante. PŽriode chaude en vŽritŽ, mais il est loisible de se demander lequel, de la guerre ou du mouvement anti-guerre, est le plus menaant pour les populationsÉ Alors, on parle de la menace sur qui, au juste ? De la menace contre celles et ceux qui sĠarrogent le droit de dŽtruire sans entraves et utilisent nĠimporte quel moyen lorsquĠils/elles rencontrent des obstacles sur leur chemin, y compris les milices privŽes ?

 

ÉentonnŽe par la sociale dŽmocratie

Eh oui, il y a beaucoup de choses ˆ dire au sujet de la violence. Et beaucoup sont dites dans lĠintention de diviser les mouvements sociaux. Ce qui, hŽlas, rŽussit dans certains secteurs de la social-dŽmocratie. Rappelons, par exemple, les dŽclarations de Cesla Amarelle, prŽsidente du Parti socialiste vaudois, devant le Grand-conseil du mme pays : indignŽe, ˆ juste titre, de lĠinfiltration dĠAttac par Securitas pour le compte de NestlŽ, elle lance : Ç Ce ne sont pas les casseurs du G8 quĠon a cherchŽ ˆ infiltrer, ce sont bel et bien des docteurs en histoire, des scientifiques de lĠUniversitŽ de Lausanne È.[34] Hormis le fait quĠon ne voit pas comment Mme Amarelle pourrait savoir sĠil y avait ou non des docteurs en histoire et des scientifiques parmi les Ç casseurs È du G8, propos qui nĠont pour effet que de rŽvŽler ses reprŽsentations sociologiques des mouvements sociaux, nous considŽrons quĠuser du terme de Ç casseurs È ne sert quĠˆ rŽduire lĠaction politique ˆ du simple vandalisme .Ensuite, nous prenons note que le Parti socialiste vaudois laisse entendre que ce qui est choquant nĠest pas lĠinfiltration de mouvements politiques, mais le statut des groupes infiltrŽs. Et si les espionnŽ-e-s sont des Ç casseurs È ˆ ses yeux, lĠinfiltration serait lŽgitime. Ce qui nous para”t grave, cĠest que cette position renforce les divisions des mouvements sociaux au grand avantage du systme en place.

 

Nous pensons quĠil faut cesser de proclamer que les atteintes aux biens matŽriels ou autres manifestations non autorisŽes font le jeu de lĠadversaire. Ce qui fait le jeu de lĠadversaire, cĠest dĠentrer dans les divisions quĠil propose.

 

SĠil y a des troubles sociaux, il est opportun de sĠinterroger sur leur origine. Ds lors que nous vivons dans des sociŽtŽs dŽsŽquilibrŽes, chacun-e dĠentre nous risque dĠen subir des dommages, mme sĠil/elle considre ne rien avoir fait de mal ˆ personne. ċnonner des slogans sur lĠinsŽcuritŽ nĠest pas digne dĠun mouvement de rŽsistance.

 

Les sociŽtŽs de sŽcuritŽ, elles, ont bien saisi le crŽneau commercial que constitue le thme sŽcuritaire et profitent de ces discours pour vendre leur camelote. Ce qui, en soi, est assez cohŽrent, compte tenu des groupes et des logiques quĠelles servent, qui ne sont pas les n™tres.

 

Questions et hypothses

Une fois explicitŽe la question de la Ç violence È, revenons donc ˆ celle de lĠinfiltration. Le groupe anti-rŽpression de Lausanne a ŽtŽ infiltrŽ par Securitas ; dĠautres groupe lĠont ŽtŽ aussi. La gendarmerie cantonale vaudoise Žtait au courant de ces infiltrations[35] et sĠen est, au minimum, accommodŽe. A ce stade, nous ne pouvons que dŽnoncer ces faits et formuler un certain nombre non exhaustif de pistes de rŽflexion.

  1. Les premires questions portent sur les mandant-e-s de Securitas. Qui sont-ils/elles ? Qui a planifiŽ les opŽrations dĠinfiltration ? Avec quels objectifs ? Qui a payŽ le service ?
  2. Ensuite, se posent des questions concernant les agent-e-s infiltrŽ-e-s. Combien dĠagent-e-s ont-ils/elles ŽtŽ engagŽ-e-s sur le terrain ? Dans quelles rŽgions et quels cantons ? Combien sĠy trouvent toujours ? O ? Les agent-e-s sont-ils/elles armŽ-e-s, ne serait-ce que dĠarmes dites non lŽtales ?
  3. Quant aux moyens de rŽcolte des renseignements, est-ce que les agent-e-s ont effectuŽ des enregistrements sonores et visuels ? Si oui, qui les dŽtient ?
  4. LĠaffaire dite NestlŽgate a montrŽ que des fiches ont ŽtŽ constituŽes portant des renseignements personnels sur les militant-e-s. Il y a fort ˆ parier que la mŽthode Žtait utilisŽe aussi dans les autres cas. Nous postulons donc quĠil y a eu constitution de fichiers. Qui les dŽtient ?
  5. Les forces de lĠordre dites publiques Žtaient au courant des activitŽs de Securitas. Nous formons lĠhypothse quĠelles ne se sont pas bornŽes ˆ sĠen accommoder, mais quĠelles tirent profit de mŽthodes quĠelles ne peuvent pas elles-mmes employer, voire quĠelles donnent mandat ˆ des entreprises de sŽcuritŽ privŽe dĠeffectuer des travaux quĠelles ne peuvent pas accomplir elles-mmes. Si cette hypothse est exacte, quelles sont la forme et la teneur des mandats ? O et comment sĠarticule la collaboration avec les milieux Žconomiques ?
  6. Au-delˆ de lĠimplication des forces de police locales, nous formons lĠhypothse que les fichiers constituŽs ont ŽtŽ transmis ˆ des services de police cantonaux et fŽdŽraux, voire aux fichiers liŽs aux accords de Schengen, ainsi quĠaux services de renseignement de lĠarmŽe. Se pose la question de savoir quel usage est fait de ces donnŽes et quelles sont les rŽpercussions possibles sur la vie des personnes fichŽes.
  7. Enfin, nous formons lĠhypothse que les pouvoirs politiques, aux niveaux cantonal et fŽdŽral, ont eu connaissance de ces rŽcoltes de donnŽes et de leur stockage sous forme de fiches. Ou alors les ministres ne savent pas ce qui se passe dans leur boutiqueÉ

 

Le 23 juillet 2008, lĠavocat de Securitas, Žvoquant ce type dĠhypothses, a parlŽ de parano•a. On a vu lĠagresseur agressŽ ; il fallait quĠon sĠattende au persŽcuteur persŽcutŽ. Si nous faisons de la parano•a, nul ne peut nier quĠelle est bien fondŽe. Et cela ne donne pas envie dĠenlever sa capucheÉ

 

Enfin, juste un mot pour ce qui concerne la qualitŽ humaine des agente-s infiltrŽ-e-s : simuler lĠamitiŽ, cĠest vraiment sordide.

 

 

IV       QUE FAIRE DE TOUT CELA ?

 

Dans les milieux de gauche aussi, lorsque nous proposons aux groupes ou aux individu-e-s des mesures de prŽcaution pour Žviter lĠidentification et le fichage, on nous regarde avec un petit sourire en coin et on nous traite de parano•aques. HŽlas, nous ne le sommes pas suffisammentÉ Bien quĠelle ne nous surprenne pas, cette affaire nous affecte : des donnŽes sensibles se sont trouvŽes ˆ la portŽe dĠune agente de Securitas, alors que notre travail avec les gens repose sur la confiance et sur la garantie de la confidentialitŽ.

 

Cette sombre histoire nous encourage ˆ ouvrir la discussion, avec les groupes amis, sur les moyens de nous protŽger, en prenant soin cependant de rester ouvert-e-s aux personnes qui souhaitent nous rejoindre sans adopter des procŽdŽs inquisitoires. Ce qui sĠest passŽ entre 2003 et 2005, faut-il le rappeler, nĠest quĠun Žpisode sur lequel nous ne souhaitons pas nous focaliser outre mesure. Le relever nous permet de mettre en Žvidence les risques dĠinfiltration, qui sont bien rŽels et constants.

 

Ce nĠest pas par hasard que, en 2005, le Service dĠanalyse et de prŽvention (SAP) essayait de recruter des agente-s infiltrŽ-e-s parmi les Žtudiant-e-s ˆ Zurich, au mme tarif que Securitas, soit Fr. 30.-/heure[36]. Mission : infiltrer lĠextrme gauche. JŸrg BŸhler, chef adjoint du SAP ˆ cette Žpoque, faisait dĠailleurs Žtat de ces pratiques au sein des sociŽtŽs de sŽcuritŽ privŽe, pour le compte de firmes qui craignent subir des dommages. La preuve que la police fŽdŽrale est bien renseignŽe ˆ ce sujetÉ Ce nĠest pas par hasard non plus que ce mme SAP rŽclame en ce moment des moyens supplŽmentaires pour rŽmunŽrer des agente-s et pour donner ˆ ses agent-e-s de fausses identitŽs ; des moyens plus Žtendus, aussi, pour surveiller les tŽlŽcommunications.

 

Nous avons la puce ˆ lĠoreille : veillons ˆ ce quĠelle ne devienne pas sous-cutanŽeÉ

 

 

 

 

 

 

 

 

Toute personne qui souhaiterait nous fournir des informations relatives ˆ ces infiltrations peut nous contacter ˆ lĠadresse suivante : gar@no-log.org

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Groupe anti-rŽpression Lausanne, avec le Collectif des fichŽ-e-s, aožt 2008

 

 



[1] Basler Zeitung: Der Herr der SchlŸssel, 15.08.2007

[2] Amnesty international : Pour une police respectueuse des droits humains, rŽsumŽ du rapport Police, justice et droits humains, pratiques policires et droits humains en Suisse, prŽoccupations et recommandations dĠAmnesty international, publiŽ en juin 2007. Voir aussi : Die SŸdostschweiz : Schweiz verletzt Menschenrechte, 26.05.2005, Tages-Anzeiger : †bergriffe in Asyl-Zentrum angeprangert, 26.05.2005, 24 Heures : A B‰le, entre chiens et gardiens, les requŽrants dĠasile dŽgustent, 13.10.1998 et Die Wochenzeitung : Lichtgestalten der Sicherheit, 07.04.2005

[3] Der Bund: TŠgliche PrŠsenz der Securitas, 16.02.2007

[4] Thurgauer Zeitung, Juni 2008, citŽ sur le site Internet de Securitas

[5] Basler Zeitung: Einwohner halten Einbrecher auf Distanz, 08.01.2001

[6] Zuger Woche, juin 2008, citŽ sur le site Internet de Securitas

[7] Neue Luzerner Zeitung: Ç Man fŸhlt sich umwillkommen È, 11.08.2007

[8] ZŸrichsee-Zeitung: SIP wird durch Securitas abgelšst, 27.03.2008

[9] ProSecurity (magazine de Securitas): PriSec08: Securitas ˆ lĠEURO 08, mai 2008

[10] 24 heures RŽgion La C™te: Le chef des gendarmes vaudois est un ancien de Securitas, 26.06.2008

[11] Neue Luzerner Zeitung: Kameras zur Abschreckung, 14.03.2008

[12] Heute: PrŸgel fŸr den Notfallarzt, 14.02.2007

[13] Sur les abus de Securitrans, voir entre autres: Die Wochenzeitung: Zug um Zug zur privaten Polizei, 22.03.2007 et Der Bund: Securitrans entlŠsst PrŸgler, 09.04.2005

[14] Ber Bund: Kein Ç Safe Way Home È, 08.04.2003

[15] Neue ZŸrcher Zeitung: HŠftlingstransporte auf Schiene und Strasse, 16.12.2000; Tages-Anzeiger: HŠftlinge reisen škologisch in der Gruppe, 16.12.2000; ProSecurity (magazine de Securitas): Sichere Gefangenentransporte, juin 2006

[16] Die Wochenzeitung: Freund und EntfŸhrer, 05.01.2001

[17] Point presse du mercredi 23 mars 2005 du Conseil dĠEtat genevois

[18] CPT: Rapport au gouvernement de la Suisse relatif a la visite effectuŽe en Suisse par le comitŽ europŽen pour la prŽvention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dŽgradants, adoptŽ le 6 juillet 2001

[19] Rapport du Conseil fŽdŽral suisse en rŽponse au rapport du comitŽ europŽen pour la prŽvention de la torture et des peines ou traitements inhumains et dŽgradants (cpt) relatif a sa visite en Suisse du 5 au 15 fŽvrier 2001

[20] Der Bund: Mit Securitas gegen Ausbrecher, 15.04.1998

[21] ProSecurity (magazine de Securitas): Prison sŽcurisŽe gr‰ce ˆ Securiton, mai 2008

[22] Amnesty international : Pour une police respectueuse des droits humains, rŽsumŽ du rapport Police, justice et droits humains, pratiques policires et droits humains en Suisse, prŽoccupations et recommandations dĠAmnesty international, publiŽ en juin 2007. Voir aussi : Die SŸdostschweiz : Schweiz verletzt Menschenrechte, 26.05.2005, Tages-Anzeiger : †bergriffe in Asyl-Zentrum angeprangert, 26.05.2005, 24 Heures : A B‰le, entre chiens et gardiens, les requŽrants dĠasile dŽgustent, 13.10.1998 et Die Wochenzeitung : Lichtgestalten der Sicherheit, 07.04.2005

[23] Voir site Internet de Securitas

[24] Berner Zeitung: Securitas mit Kudelsky, 19.01.2007; ProSecurity (magazine de Securitas): SŽcuritŽ accrue au sige principal de Kudelski, octobre 2007

[25] LĠHebdo: Les espions du quotidien, 19.06.2008; Blick: Die VBS-Connection, 27.06.2008 ; Le Matin Dimanche: Les espions privŽs vont enfin se faire... surveiller !, 29.06.2008

[26] Voir aussi: Beobachter:  Wie die Securitas um sich greift, Beobachter no 14/08 ; Sonntagsblick: Dubiose Drahtzieher, 22.06.2008 ; 24 Heures : LĠarmŽe et Securitas entretiennent des liens Žtroits, critiquŽs pour leur manque de transparence, 27.06.2008 ; FSFP : CommuniquŽ de presse du 16 juin 2008

[27] La FŽdŽration suisse des fonctionnaires de police FSFP et le quotidien 24 Heures sĠinterrogeaient sur des ventes de systmes de sŽcuritŽ de Securitas ˆ lĠarmŽe, le magazine de Securitas nous donne la rŽponse : Ç Outre les nombreux agents et h™tesses Securitas, trois systmes de surveillance ÇUewSystÈ de lĠArmŽe suisse ont ŽtŽ mis ˆ contribution durant ce WEF 2007. Ces systmes conus par la maison Securiton (...) È. ProSecurity :Grande implication humaine et technique au WEF, juin 2007

[28] Le nouveau chef de Securitrans ˆ partir de 2009, Harry Wessner a lui aussi travaillŽ ˆ la police lucernoise et est actuellement chef des services militaires de ce canton

[29] Le Courrier: Espion, un job dĠŽtudiant ˆ trente francs de lĠheure, 29.06.2008

[30] Berner Zeitung, 9.03.2001

[31] Arrt TF 1P. 158/2003 et Le Temps, 01.07.2003

[32] www.aufbau.org

[33] Le Courrier / La LibertŽ, 24 juillet 2008, page 4, article de Pierre Pauchard

[34] Propos rapportŽs par le quotidien Le Courrier, 18 juin 2008, page 7

[35] Selon le reportage de la TSR Ç Temps prŽsent È, du jeudi 12 juin 2008, tŽmoignage de Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la Gendarmerie vaudoise

[36] 24 Heures Lausanne et rŽgion, 27.08.2005