Autre numéro



n°10 (octobre 2000)
Agenda-journal intersticiel de la mouvance anarcho-alternata-squat-antifa-féministe-précaires,etc. (Lôzane et ailleurs) c/o Infokiosk, Espace autogéré, av. César Roux 30, CH-1005 Lausanne

Que cache McDonald’s ?

Chaque année, le 12 octobre a lieu une journée internationale de soutien aux salariéEs de McDo et le 16 octobre une journée internationale d’actions contre la McDomination.
Depuis 1955, McDonald’s a initié la mode « fast food ». D’autres marques ont suivi (Quick, Burger King, Buffalo Grill,...) et aujourd’hui ces soi-disant « restaurants » se multiplient partout dans le monde. Si les campagnes internationales se concentrent sur McDo, c’est parce qu’il reste leader sur le marché, mais les autres marques doivent également être dénoncées.
Le terme McDomination n’est pas exagéré : dans leurs propres bulletins internes, les patrons de McDo parlent de « domination globale » à propos de leur stratégie d’implantation.
McDo est une multinationale qui représente plusieurs dizaines de milliards de francs par an. Elle est la plus grande fortune immobilière du monde et dépense chaque année plusieurs milliards de francs en publicité destinée à faire croire que le clown-mascotte Ronald aime les enfants et que le hamburger est un chef d’oeuvre de gastronomie et de convivialité. McDo symbolise la surconsommation des pays industrialisés qui se fait au détriment des pays du Sud et de l’environnement (selon le WWF, depuis 1970 notre planète a perdu 30% des ses richesses naturelles du fait de la surconsommation de l’occident).


Derrière son masque publicitaire, McDo c'est :

Une bouffe homogène et sous-culturelle.
Inventée à la fin des années 40, il s’agissait d’une restauration facile et relativement économique qui devait changer de la soupe à l’eau et aux pommes de terres, mauvais souvenir de la crise économique. Aujourd’hui, 30 millions de personnes mangent tous les jours exactement la même chose à Moscou, New York, Paris ou Tokyo, quelle que soit la saison. Le mangeur de hamburger devient une personne sans mémoire et sans histoire qui ne mange plus par désir ou tradition, mais par un besoin impulsif et imitatif. McDo s’inscrit dans cette tendance mondiale à l’uniformisation qu’on appelle aussi mondialisation des marchés.

Une bouffe dangereuse pour la santé
Les repas vendus chez McDo sont malsains : trop riches en gras, sucre et sel, et trop pauvres en fibres végétales et en vitamines. Une alimentation de ce type augmente les risques de maladies du coeur, d’obésité, de cancers, de diabète, etc. Les additifs chimiques peuvent entraîner des maladies et de l’hyperactivité chez les enfants. Sans compter les risques d’empoisonnement alimentaires dont la viande est la source. La logique des élevages intensifs produit des aberrations comme le poulet à la dioxine, la vache folle, la salmonellose, etc. Parler de « malbouffe » est un euphémisme mesquin quant il s’agit d’une véritable bouffe de merde. On pourrait attendre mieux, vu les juteux bénéfices que fait McDo, mais ceux-ci ne sont pas redistribués aux clientEs...

La famine et l’exploitation des pays du Sud
Alors que des milliers de personnes meurent de faim, de vastes régions du Tiers-monde sont utilisées pour l’élevage du bétail ainsi que pour la culture du grain destiné à l’engraisser avant qu’il ne soit mangé en Occident. Un tiers des récoltes mondiales de céréales est destiné au bétail; au Guatemala, 90% de la production de boeuf part aux USA; au Brésil, 23% des terres cultivées servent à l’exportation de boeuf. Il faut environ 7 à 10 kg de céréales pour produire 1 kg de viande, d’où un gâchis alimentaire énorme. Alors qu’on connaît déjà le problème de la raréfaction de l’eau potable (des millions de personnes meurent par manque d’eau), le bétail élevé sur la planète consomme 3600 milliards de mètres cubes d’eau par an. De plus, les petits paysans du Sud sont expropriés par les milices des multinationales et les forces gouvernementales, la logique ultralibérale passant avant la sécurité alimentaire des populations locales. Ainsi les populations indigènes crèvent de faim pendant que leurs propres terres sont exploitées par les grosses entreprises capitalistes. Le fait qu’en Suisse, McDo utilise exclusivement de la viande suisse ne change rien à la position de McDo au niveau mondial, ni à l’absurdité d’une alimentation basée sur la viande...

Une exploitation cynique de l’environnement :
L’usage de nombreux emballages qui ne servent pas plus de 5 minutes et les surfaces de pâturages pour le bétail provoquent la destruction des forêts. Le bétail contribue à l’effet de serre par le déboisement qu’il exige et le méthane qu’il produit. L’agriculture intensive et chimique requise pour satisfaire les exigences de McDo pollue et détruit les sols. En n’utilisant que quelques variétés (sur les centaines existantes pour les patates par exemple), McDo contribue à l’appauvrissement de la biodiversité. L’hyper-centralisation des usines de production nécessitent une flotte de camions avec toute la pollution que cela implique. A un autre niveau, McDo est un pollution architecturale puisqu’il s’empare souvent des bâtiments anciens des centres-villes et nous bombarde de publicités criantes. Le fait que des employéEs soient payéEs pour ramasser les déchets que les clientEs jettent par terre ou que McDo joue sur la corde sensible des OGM en demandant à son principal fournisseur de patates aux USA de ne plus cultiver la vairété Newleaf de Monsanto n’y change rien...

Une exploitation systématique des employéEs
La politique du profit maximal entraîne une pression sur les travailleurs/eues, qui doivent toujours travailler plus vite et plus dur, d’où de nombreux accidents (surtout des brûlures). Les employéEs travaillent dans le bruit, la chaleur et les odeurs, et les heures supplémentaires ne sont souvent pas payées. McDo emploie une population économiquement précaire (près d’un tiers ont moins de 18 ans) qui est donc obligée d’accepter avec le sourire une grande flexibilité pour un salaire très bas. Les femmes sans enfants sont particulièrement soumises à pression, car plus flexibles. Dans la structure hiérarchique de McDo, le travail est surtout féminin, tandis que le pouvoir est masculin. L’ancienneté moyenne est de moins d’un an, mais il y a peu de licenciements, car les employéEs s’usent et partent d’eux-mêmes. S’ajoute à cela une haine ouverte pour les syndicats (par exemple à St-Hubert/Montréal, le seul McDo de toute l’Amérique du nord où les employéEs avaient réussi à se syndiquer a été fermé en 1998 car « mal situé », alors qu’il fonctionnait depuis 20 ans).

Une exploitation préméditée des enfants
La recherche de profit maximal justifie les pratiques les plus basses. Conscient que les enfants exercent une influence majeure dans le choix d’un restaurant, McDo cible prioritairement les enfants avec sa publicité et ses gadgets. Aux USA, du matériel pédagogique est distribué aux écoles pour apprendre à lire avec le clown Ronald et à compter avec des hamburgers. Si les enfants savaient ce qui se cache derrière le grand sourire de Ronald...

Une exploitation cruelle des animaux
McDo est le premier consommateur mondial de boeuf et le deuxième de poulet, qui sont transformés à la chaîne en hamburgers et en chicken nuggets. Cela représente chaque année des millions d’animaux qui sont souvent élevés dans des conditions déplorables avant de passer à l’abattoir.

Que pouvez-vous faire ?
-Manger végétarien ou végétalien.
-Boycotter McDonald’s ainsi que les autres boîtes de restauration rapide.
-Dénoncer leur publicité mensongère peut aboutir à de bons résultats. Ex : en juin 1997, la justice anglaise à rendu son verdict dans l’affaire opposant McDo à 2 militants de London Greenpeace qui avaient distribué un brochure intitulée « Qu’est-ce qui ne va pas chez McDonald’s ? Ce qu’ils ne veulent pas que vous sachiez ». Ce procès en diffamation, plus connu sous le nom de McLibel, a fait perdre des milliards de francs à McDonald’s et a nui sérieusement à son image notamment au Royaume-Uni.
Le juge a condamné les militants, estimant que de nombreuses autres multinationales ont des procédés tels que ceux dénoncés dans la brochure, et que celle-ci était donc diffamatoire. Mais il a donné raison aux militants en ce qui concerne leurs accusations de publicité immorale et de mauvais traitements envers les animaux, ce qui est une victoire dans le combat visant à exposer au grand jour ce que font subir chaque jour les multinationales à notre planète et à ses habitantEs.

(Texte inspiré du dépliant “Résistance à la MacDomination” réalisé par Silence à Lyon l’année passée et de divers articles)


INTERSQUAT

Magouilles à la Cité: 1 franc pour la maison, combien pour un/une juge?
L’ECA demande à nouveau l’évacuation de la maison de la Cité dans les 48 heures. C’est à la justice de décider. Or, les faits ayant montré jusqu’à présent que la juge chargée de l’affaire n’a pas peur de retourner sa veste et de se contredire, il y a tout lieu de se méfier. En effet, rappelons-nous que cette dernière avait ouvertement dit que seule la sécurité motivait l’expulsion. Hors, malgré le fait que la maison ait été déclarée officiellement habitable, Madame la présidente était en tête de la première évacuation le 29 août. Mais les nouvelles ne s’arrêtent pas là. Suite aux oppositions du quartier qui refuse de voir la maison détruite et remplacée par un bloc uniforme mais rentable, une audience du Tribunal Administratif a eu lieu le 23 août. Le quartier avait en effet fait recours à la décision d’octroyer le permis de construire. "Il faut entre trois mois et une année d’attente avant de connaître la décision du T.A." nous avait dit le tribunal lui-même. Or, le 4 octobre, soit un mois et demi plus tard, on apprend que le permis de construire est octroyé. C’est fou ce que l’administration peut être efficace parfois!

Suite à ce nouvel élément, les occupantEs ont décidé de dénoncer cette mystérieuse influence que l’ECA a sur la justice. C’est dans ce but qu’une action symbolique a eu lieu le 12 octobre. Une vingtaine de "squelettes"de la Cité sont allés mener l’enquête dans les bureaux de l’ECA et demander à ce dernier: 1 franc pour la maison, combien pour un/une juge? Après tout, si l’on peut acheter une maison à la Cité pour un franc, si l’on peut se payer des experts complaisants et compter sur le zèle de certains agents de la police, pourquoi ne pourrait-on pas faire pression sur la justice?

Enfin, la décision rendue par le Tribunal Administratif peut faire l’objet d’un ultime recours au Tribunal Fédéral mais actuellement nous ignorons si le quartier va poursuivre un combat inégal et fort coûteux. De plus, il est très peu probable que les éventuels travaux commencent avant la fin de l’hiver. Ainsi, les occupantEs sont bien décidéEs à rester!

Commémoration de la destruction de Primerose (28.10.93)
Par appât du gain, désir d’uniformiser et d’homogénéiser, on sacrifie à peu près tout. Par idéal, par éthique ou par utopie, on révolutionne tout. Une fois de plus le sacrifice l’emporte sur la révolution. A Prélaz comme à Primerose, nos rêves se retrouvent enfouis sous les gravats de la connerie. Mais... imaginons que les morts se donnent le mot, et comme nos rêves, se réveillent pour un bal d’humour et de folie contre la sclérose de la résignation. Une soirée Amour ire de rire. Venez déguiséEs au parc de Valency à un peu avant 22h00. After avec Dj Smooz G et René Fétou. Debout les morts !



l'émeute dans l'histoire : L'alcool et les grèves

"L’alcool a une large part de responsabilité dans les grèves. C’est lui qui trouble la raison, ouvre l’esprit aux prédications de haine et prépare les explosions. Quel est le seul homme qui gagne à la grève ? C’est le cabaretier. C’est chez lui qu’elle est décidée, c’est lui qui done asile aux assemblées qu’elle provoque comme aux individus en chômage. Son concours n’est pas gratuit, et il est dans l’ordre qu’il fomente et encourage ce dont il profite. Quelle garantie de sang-froid et de modération pour les décisions des réunions ouvirères que ces assises enflammées par l’alcool ? N’est-il pas certain que ce qui est perdu pour le calme et le sang-froid est gagné pour l’excitation et pour l’émeute ?"

Almanach de l’Idéal du Foyer pour 1905, page 67



S26: répression et torture à Prague

Comme à Seattle l’an passé, des manifestations massives ont eu lieu le 26 septembre et les jours suivants pour s’opposer au sommet de la Banque mondiale et du FMI. Comme à Seattle, les médias ont lancé en pâture au lectorat bien-pensant des scènes de violence de la part des manifestantEs pour justifier la répression. Par contre, on a peu parlé de la violence quotidienne que représente le capitalisme pour toutes celles et ceux qui ne font pas partie des privilégiéEs de ce monde. Malgré les nombreux témoignages, on a également peu parlé de la violence de la police tchèque (1), alors que quelques temps auparavant on nous servait tous les détails des otages de Jolo.
C’est pourquoi une douzaine de militantEs de la Coordination anti-OMC et de la FAUCH (Union des travailleurs libres) ont occupé l’ambassade tchèque à Berne le 29 septembre. Ils/elles ont déployé des banderoles protestant contre les violations des droits humains de la part de la police tchèque et demandant la libération de toutes les personnes arrêtées dans le cadre des manifs contre le FMI et la BM. L’occupation a duré environ 2 heures. Avant de partir, une conférence de presse a été tenue depuis le balcon du bureau de l’ambassadeur. Les occupantEs ont également demandé que l’immense parc de l’ambassade soit ouvert aux résidentEs du quartier qui sont principalement des locataires de logements sociaux. Tous les occupantEs ont été contrôléEs par la police suisse, mais personne n’a été arrêtéE. C’est pour la même raison que le 5 octobre, une dizaine d’activistes ont occupé les bureaux du FMI à Genève pendant qu’une petite manifestation avait lieu devant la mission tchèque. La sortie a pu être négociée avec le FMI et la police. Il semblerait que le FMI ne veut pas être impliqué dans les cas de tortures rapportés à Prague.

La police tchèque a officiellement revendiqué 892 arrestations lors du sommet du FMI et de la BM. Ceci est le bilan d’une semaine d’hystérie répressive contre les dissidentEs du nouvel ordre mondial. Un communiqué de l’INPEG de Prague révèle que des femmes ont été fouillées à nu par des officiers de police masculins et ont été forcées de faire des exercices physiques pour leur bon plaisir. Plusieurs personnes se sont fait refuser de l’eau, de la nourriture et ont été empêchées de dormir. Une trentaine de personnes ont été détenues à la prison d’Olsanska dans une cour extérieure toute la nuit sans couvertures.
CertainEs n’ont eu accès à de la nourriture que s’ils/elles payaient les gardiens (les femmes et les fascistes ont eu plus de facilité à avoir de l’eau). Plusieurs personnes ont rapporté qu’avant d’arriver aux postes de police, des agents ont emmené des individus dans des zones isolées et les ont durement frappés. Deux norvégiens qui étaient venus à une station de police pour signaler le vol d’un téléphone portable ont été témoins, derrière une porte brièvement ouverte, d’un certain nombre de gens menottés à un mur et sévèrement battus. Cela a été confirmé par plusieurs rapports de personnes relâchées, qui disent que, dans la salle d’attente, des groupes de 40 à 60 personnes se sont fait battre et que certains hommes se faisaient tordre leurs parties génitales et y prenaient des coups. De plus, des gens menottés ont été jetés en bas d’escaliers. Des blesséEs et des malades se sont vu refuser des soins. L’ambassade britannique a même dû intervenir pour faire entrer des médicaments en prison. L’attitude antisémite de certains officiers de police a été dénoncée par des groupes israéliens qui signalent que les ressortissants de leur pays ont eu parmi les pires traitements. Certaines sources font également état de policiers qui auraient laissé des néo-nazis « visiter » des cellules. Les droits à une représentation et à des conseils légaux, à des interprètes, à un coup de téléphone, ont été ignorés à une échelle massive. Il faut ajouter à cela qu’avant le début des manifestations, nombre de militants étrangers s’étaient fait refuser l’entrée en Tchéquie.

Il est révélateur que chaque fois que les élites économiques et politiques se réunissent, elles prônent la transparence et la participation tout en se cachant derrière des milliers de policiers dans des quartiers bouclés. En l’occurrence, les symboles du monde capitaliste, appelé « monde libre » il y a encore 10 ans de cela, se sont protégés derrière les cellules, les salles de tortures, les sévices sexuels, les arrestations arbitraires, le fichage et le déni de droit civil dont use et abuse une police tchèque pas encore déstalinisée et qui n’a pas encore perdu la main.
Des détails peuvent être obtenus sur internet : inymedia.org et sur l’agence de presse anarchiste ainfos.ca

(1) Pour mémoire, on se rappelle des cas en 1997 et 1998 de Vaclav Jez et de Michel Patera, anarchistes tchèques qui avaient passé respectivement 2 ans et 6 mois en détention préventive avant d’être relâchés sous la pression d’un mouvement de solidarité internationale. Il leur était reproché de s’être défendu contre des néo-nazis qui les avaient attaqués. A cette occasion, il était apparu que selon les statistiques officielles du ministère de l’Intérieur tchèque, plus d’un tiers des policiers sont membres ou sympathisant actifs d’organisations extrêmistes et racistes.