Autre numéro




n°13 (janvier 2001)
Agenda-journal intersticiel de la mouvance anarcho-alternata-squat-antifa-féministe-précaires,etc. (Lôzane et ailleurs) c/o Infokiosk, Espace autogéré, av. César Roux 30, CH-1005 Lausanne

Finissons-en avec le World Economic Forum une fois pour toutes !

Manif et journées d’action à Davos - Du 22 au 30 janvier 2001
Formellement, il s’agit du meeting annuel du World Economic Forum (WEF), juridiquement une Fondation de droit privé dont les membres sont les 1’000 premières firmes globales du monde, « celles qui mènent l’économie mondiale ». La mission première de cette Fondation est de constituer un « communauté globale, un partenariat global entre les leaders économiques, politiques, universitaires et médiatiques ». A cette fin, elle organise une série de meetings (ou Forums) régionaux (Asie, Amérique latine, Europe de l’Est, etc.), où sont mis en contact la « communauté internationale des affaires » et les « leaders politiques » de certains pays (avec des scientifiques pour faire sérieux, des intellectuels ou syndicalistes pour faire bonne mesure et des journalistes - triés sur le volet - pour en faire un spectacle de plus) ; le WEF est l’institution où les multinationales peuvent influencer directement les leaders politiques. Pour ne citer que quelques exemples, voilà quelques habitués du Forum : les présidents de l’OMC, du FMI et de la Banque mondiale, Kofi Annan, Bill Gates, George Soros, les PGD de Nestlé, Shell, McDonald’s, Rio Tinto, etc.

Le Forum de Davos est le meeting annuel de la Fondation, « le sommet des sommets ». S’y rencontrent les « 2’000 global leaders for tomorrow », comme ils se nomment eux-mêmes, soit un millier de « top business leaders », 250 leaders politiques, les 250 premiers experts académiques - parmi lesquels certains prix Nobel - ainsi que quelque 250 « leaders des media ». Toutes ces huiles sont chargées « d’établir l’agenda global. Ensemble, ils définissent la clé des problèmes économiques, politiques et de société dans une optique progressiste et orientée vers l’action. » Ainsi, le Forum se targue d’avoir « joué un rôle clé dans l’identification de nouvelles tendances dans les domaines économique, politique, social et culturel, et dans la mise en place d’actions et de stratégies pour que les multinationales et les pays puissent intégrer ces changements et ainsi maximiser leur potentiels. »

Eh oui, la constitution par le Forum de cette « communauté globale » n’a qu’un but : permettre à l’élite d’assumer au mieux cette responsabilité évidemment très globale : « améliorer l’état du monde ». En effet, toute cette activité est sous-tendue par l’idée que la communauté des « décideurs globaux » a un rôle déterminant à jouer dans la conduite du monde.

En plus de la définition et de la diffusion de concepts idéologiques, le WEF affiche à son actif quelques réalisation concrètes - et pas des moindres : le WEF se targue en effet d’avoir « joué un rôle de leader dans le processus de mondialisation économique ». Outre de multiples « business opportunities » (contrats juteux, projets de mégafusions, etc.), on lui doit notamment d’avoir relancé, au début des années quatre-vingts, le cycle de négociations sur le commerce mondial, « l’Uruguay round » qui devait déboucher sur la constitution de l’OMC - c’est pourquoi le Forum a déjà annoncé qu’il ferait tout son possible, lors du prochain sommet, pour relancer les négociations, bloquées depuis Seattle, à l’OMC, son « bébé ». C’est là-bas aussi qu’ont été mises en place les conditions qui ont permis la création de la zone de libre-échange en Amérique du Nord, l’ALENA. C’est également à lui que revient le succès des négociations sur la libéralisation des services financiers, « à travers la mise sur pied de réunions privées entre les acteurs clés lors du Meeting annuel de Davos de 1997 ».

En 1994, la première manifestation a été organisée à Davos contre le WEF à l’initiative du groupe de solidarité avec le Chiapas et de groupes « gauchistes » et féministes ainsi que d’un groupe turc/kurde. En 1998, le comité d’action « liberté pour Patricio Ortiz » renoue avec la tradition de 1994 et organise une deuxième manifestation avec la coordination anti-OMC. Les deux années suivantes, la coordination anti-OMC reprend l’initiative pour organiser la manif de Davos. De multiples campagnes ont précédé ces manifs, pour informer un large public des buts et montrer l’importance du WEF.

Les mobilisations de ces dernières années ont permis de développer un point de vue critique contre le WEF et de démasquer le soi-disant « esprit pacifique » du WEF. Cette tendance s’est encore renforcée par la création de multiples réseaux de groupes de résistance démocratiques et de base. Cette résistance s’est manifestée entre autres dans les protestations mondiales contre la conférence ministérielle de l’OMC à Genève en mai 98, contre la conférence ministérielle de l’OMC à Seattle, en 99. Depuis, le mouvement s’est démultiplié : Prague, Ottawa, Melbourne, La Haye (conférence sur le climat), Nice (UE), toutes ces mobilisations régionales se développent autour de l’idée du harcèlement des institutions internationales par le blocage physique des conférences qui assurent leur communication. Cette stratégie semble porter ses fruits puisque tant l’OMC que le WEF peinent à trouver des lieux propices à l’organisation de leurs meetings.

Coordination Anti-OMC de Suisse



Principes d'action contre le WEF

Nous espérons que la résistance au World Economic Forum de Davos renforcera l'unité des composantes du mouvement contre la mondialisation capitaliste tout en préservant sa diversité; nous partons du principe que touTEs les participantEs seront responsables de leurs propres actes en restant conscientEs qu'ils/elles participent à une mobilisation commune avec des personnes ayant des conceptions différentes. Nous nous mobilisons contre le WEF car nous rejetons tout système de domination et de discrimination et nous avons fait le choix délibéré de ne permettre aucune forme de discrimination ou de domination dans nos propres relations. Nous nous sommes mis d'accord sur les points suivants au sein du réseau de mobilisation international et nous souhaitons que touTEs les participantEs en discutent et les respectent :

- Nos formes d'actions sont diverses et ne doivent pas s'exclure. Nous voulons agir aussi collectivement que possible.
- Nous voulons que nos actions soient le plus efficace possible. Nous visons à respecter l'intégrité physique de chacunE.
- Nous voulons respecter la population locale
- Nous voulons être créatifs.

Nous voyons les actions à Davos comme faisant partie d'un processus de changement social à long terme qui ne peut se développer que sur la base de la participation populaire large et active. C'est pourquoi l'un des principaux objectifs de nos actions est d'étendre nos possibilités de communiquer avec le plus grand nombre de personnes possibles.



Morceaux choisis du communiqué de presse alarmiste de la Police cantonale des Grisons (3.1.01)

"On peut s’attendre à des perturbations sur tout le territoire lors de la préparation et pendant toute la durée du FEM. Dans le contexte actuel, il n’est manifestement plus possible d'organiser des rencontres sur le thème du Forum Economique Mondial ou de la mondialisation sans que celles-ci fassent l'objet de troubles. Les adversaires du FEM ne reculent devant aucun éventuel dommage corporel ou matériel. D'autre part, il faut néanmoins préciser que de nombreux adversaires du FEM refusent la violence et se rendront à Davos pour protester pacifiquement. Il serait en conséquence particulièrement difficile à Davos de séparer ces deux groupes de manifestants."

"Lors d'une évaluation de la situation le 7 octobre 2000, le commandant de la Police cantonale des Grisons a mis en évidence les risques, les possibilités des adversaires ainsi que ses propres possibilités et les différents scénarios envisageables. Sur cette base, le gouvernement a pris des dispositions politiques et a confié les missions qui s’imposent à la Police. Ces décisions ont été prises lors d’une réunion tenue le 20 octobre 2000 à Davos au cours de laquelle le président du Gouvernement du canton des Grisons accueillait des représentants de la Confédération, du District de Davos, du FEM et du commandement de la Police. A cette occasion, des directives ont été adoptées de commun accord et celles-ci ont été approuvées par le Gouvernement le 21 novembre 2000. Ces directives prévoient également que l’organisation du FEM sera maintenue à Davos à l’avenir et précisent les mesures à prendre pour la rencontre de 2001."

"Le Gouvernement est conscient de l'importance du FEM pour la Suisse, pour le Canton des Grisons et pour le District de Davos. Le Conseil fédéral a également souligné le 28 juin 2000 la signification importante et les retombées exceptionnelles du FEM pour les intérêts internationaux de la Suisse. Il s'agit d'un des événements économico-politiques les plus importants au monde."

"On ne saurait accepter qu'un groupe perturbe le FEM qui est un forum de discussion. Les problèmes ne peuvent être réglés par la voie de la confrontation. L'annulation ou le report du FEM signifierait que les opposants ont atteint leur but."

"Les règles du jeu démocratique doivent en conséquence être respectées ou appliquées; ce qui nécessite des mesures particulières."

"Au stade actuel, il n'est pas envisagé de procéder à un bouclage hermétique du district de Davos. Il s'agit cependant d'agir systématiquement et immédiatement contre les perturbateurs. Il faudra rechercher le dialogue avec les adversaires du FEM ouverts à la discussion, les agressions ne pouvant émaner que des opposants.

"La Police cantonale des Grisons dispose de bonnes informations sur ce qui attend les forces de Police affectées au FEM 2001 à Davos. Les événements de Melbourne, Prague, Washington et Nice ont été analysés sous la direction de la Confédération. Du 6 au 8 décembre 2000, un échange d'expériences a eu lieu à Berne réunissant des représentants d'Australie, de Tchéquie et des Etats-Unis ainsi que de la Confédération et de divers cantons. Les menaces ouvertes des adversaires du FEM sont donc prises au sérieux."

" (...) Des forces de Police provenant de pratiquement tous les cantons de Suisse seront engagées pour la première fois à l'occasion du FEM 2001. (...) De plus, la Police cantonale des Grisons bénéficiera du soutien des forces de Police de la Principauté du Liechtenstein et de la Police municipale de Coire. La Police cantonale et municipale de Zurich enverra également des forces de sécurité à Davos. La Confédération met à disposition des membres du Corps des gardes-fortifications en tant qu'agents fédéraux chargés de missions de surveillance et de supervision. Les forces de Police pourront ainsi remplir leurs missions spécifiques. Les structures de direction ont dû être adaptées à l'importance de l'événement. Le commandement de la Police des Grisons sera lui aussi soutenu par des spécialistes extérieurs."

"Selon l'évolution de la situation, les transports publics et privés seront perturbés voire même interrompus."

"A Davos, la Police cantonale des Grisons collabore avec d'autres partenaires qui la soutiennent dans l’accomplissement de sa mission. Parmi ceux-ci il y a l'Hôpital de Davos, la centrale d'intervention, avec le numéro 144, du service des soins d’urgences médicales et accidents, les différents services du District de Davos tels que les pompiers et le service d’avalanches. A cela s'ajoutent encore le chemin de fer rhétique et l'Armée de l’air qui met à disposition des hélicoptères et du personnel."

"L’enjeu est de pouvoir garantir, dans toute la mesure du possible, la sécurité et le maintien du calme et de l’ordre à Davos pour la population, les invités et les participants au FEM. Ceci implique qu'il faudra supporter certains inconvénients, car tous les intérêts ne peuvent être ramenés au même dénominateur commun."

"La Police cantonale des Grisons se trouve ainsi confrontée au plus grand défi qu’elle ait eu à relever depuis sa fondation en 1804."



Communiqué de presse de la Coordination Anti-OMC à propos de l'interdiction de manifestation par la Commune de Davos (20 décembre 2000)

La Commune de Davos refuse de donner une autorisation pour la manifestation contre le World Economic Forum (WEF) qui est annoncé du 25 au 30 Janvier dans le village de Davos. La demande d'autorisation a été soutenue par une cinquantaine d'organisations, dont les syndicats SIB et Comédia, le Parti du Travail, les parlementaires du Parti Vert, le Parti Socialiste Genevois, Aktion Finanzplatz Schweiz et de nombreuses organisations et groupements de gauche. Par ailleurs la campagne est menée et soutenue par une alliance internationale de différentes organisations notamment d'Italie, de France et d'Allemagne. Tous ces groupes et organisations veulent s'exprimer contre la politique néolibérale inhumaine des soi-disant "global leaders", qui se réunissent lors du meeting annuel du WEF, pour - selon leurs propres paroles - "planifier le futur du monde". La Commune de Davos justifie le refus de l'autorisation entre autres avec un manque de place dans le village de Davos. Le manque de place ne semble pourtant pas être un problème lors de manifestations: des évènements gigantesques comme la "Coupe Spengler", tournois de Hockey annuel, ou le Forum Economic Mondial lui-même - qui réunit 2000 participants plus leur personnel de sécurité - n'ont jamais été remis en question.

Nous n'acceptons pas ces justifications farfelues. Nous n'acceptons pas non plus l'argument de la sécurité des participants du WEF qui soi-disant ne serait pas garantie. Nous n'acceptons pas qu'on refuse le droit de nous exprimer quand se réunissent des "global leaders". Nous n'acceptons pas de ne pas avoir le droit de manifester contre la politique de ces "global leaders", qui de leur côté mettent en danger la sécurité et la survie de plusieurs millions de personnes.

Nous nous opposons à ce que les protestations contre le Forum Economic Mondial - protestations qui ne font pas de compromis avec la politique néolibérale - soient criminalisées et déclarées illégales. Nous nous opposons à la polémique de la Commune de Davos, de la Police cantonale des Grisons et de certains médias qui essayent de démoniser les manifestant-e-s et qui sèment la peur et la terreur parmi la population de Davos.

Nous maintenons notre décision de manifester contre le Forum Economic Mondial le samedi, 27 Janvier à Davos.



Identité, autonomie et espace vital: la communauté noire colombienne mobilise pour Davos

25 à 30% de la population colombienne est noire soit environ huit millions de personnes. Les communautés noires et ses organisations se coordonnent au sein du «Proceso de Comunidades Negras» (PCN). Elles se considèrent comme la conséquence de siècles de lutte contre l'esclavage, le colonialisme et l'actuel néo-colonialisme. Dans cette article traduit de Megafon, Alfonso Cassiani Herrera, du PCN, nous explique ce qui les mène à Davos. Ils/elles seront présentEs à l'ESPACE AUTOGÉRÉ pour un DÉBAT le samedi 20 JANVIER à 19 heures.

Sur quelles bases le PCN (procès des communautés noires) se joint-il à la mobilisation contre le WEF à Davos ?

Alfonso: Les voix d'innombrables personnes se font entendre à tous les niveaux à propos de cet univers globalisé qui est muet, aveugle et sourd à la pauvreté, la faim et la misère de millions de personnes sur cette planète. C'est une réalité à laquelle aucune communauté de ce monde n'échappe, qu’elle soit noire, indigène, occidentale, asiatique, etc. Avec une force grandissante, les communautés noires organisées au sein du PCN se sont fixées comme objectif de transmettre et de réaffirmer, au milieu de cette situation, notre joie, nos représentations de la vie ainsi que le droit à la différence et à la diversité. Alors même que nous sommes en rupture et résistons aux attaques de ce système, nous avons décidé de nous unir avec des êtres humains, des «combos», des amiEs de partout qui comme nous rêvent de la construction d'un monde juste.

A l'origine de notre mouvement nous trouvons les actions à Genève en 1998 (contre l'OMC; ndt), puis la caravane intercontinentale en mai et juin 1999, puis la deuxième conférence de l'Action mondiale des peuples (AMP) à Bangalore et les rencontres qui suivirent en Amérique latine. Davos représente donc un autre pas important dans cette volonté de s'unir pour oeuvrer au développement de notre utopie. Les rêves des personnes marginalisées doivent se rencontrer pour ne pas se faire transformer en cauchemar par le système.

A Davos vont se rencontrer plus de 40 firmes impliquées directement dans le conflit armé colombien (un conflit qu'elles aimeraient bien ne pas voir désigné par le terme de «guerre»). Quatre d'entre elles sont des entreprises suisses. A part ça, la volonté du président colombien Andres Pastrana, après avoir mis en oeuvre le «Plan Colombia» concocté et financé par les USA, est de continuer à faire des affaires, d'utiliser Davos comme marché aux puces pour vendre le pays et les ressources naturelles aux plus offrants. Au même moment en Colombie, les massacres, les expulsions des communautés et l'exploitation des ressources naturelles se poursuivent. Les expulsions ont lieu précisément là où le capital des firmes transnationales qui se retrouvent à Davos colonise le pays.

Comment vous situez-vous par rapport à la résistance globale qui mobilise en ce moment pour Davos?

Alfonso: En tant que communautés noires au sein de ce processus de résistance globale, nous nous comprenons comme partie naturelle d'un processus politique riche à multiples facettes auquel nous nous joignons avec nos idéaux. Celles-ci proviennent des traditions et du savoir de nos ancêtres d'être une communauté. Le sentiment d'appartenance à une communauté est l'expression de cette tradition. Celle-ci est parvenue à créer à la plage, à la mer, aux fleuves, dans les forêts et les forêts vierges ses espaces pour la création culturelle et la recréation d'un groupe ethnique, étroitement liée à une praxis continue de la liberté. De la même manière que nous nous comprenons comme partie de la nature, comme un être de plus, qui avec d'autres êtres, les plantes, les animaux et le monde en général sont appelés à vivre ensemble, nous nous comprenons comme partie intégrante des luttes que mènent les êtres humains marginalisés de par le monde. Ensemble avec nos «compas» d'Europe, d'Asie et d'Afrique nous donnons tout de nous, de ce que nous avons été, de ce que nous sommes afin que les générations futures puissent vivre ou au moins avoir une raison de poursuivre la lutte.

Voilà. Tout ça, la relation des ancêtres, les idéaux, la praxis traditionnelle, le savoir... sont enracinés dans trois éléments: l'identité, l'autonomie et l'espace vital. L'identité est le droit d'être, le droit à la diversité et au respect face à l'altérité. L'autonomie, nous la comprenons comme la possibilité d'exercer notre altérité de notre point de vue, partant de ce que nos ancêtres nous ont appris et des besoins du présent pour nous préparer à l'avenir. Le territoire est cette riche scène naturelle, cet espace de nos ancêtres, dans lequel nous avons grandi, cet espace nécessaire pour notre existence. Tout ceci dans la certitude, qu'il y a beaucoup de choses que nous pouvons vous apporter de même qu'il y a beaucoup de choses que nous pouvons apprendre de vous. En ce sens, nous sommes car d'autres sont. Parce que nos combats trouvent leur fondement dans la manière dont d'autres se battent. Nous sommes autonomes au sein de l'autonomie de touTEs, aussi loin que le bien être et les possibilités nous protègent touTEs.

Au-delà de Davos, vers quoi se dirige-t-on?

Alfonso: En gros, cette dynamique de rapprochement, de résistance, de se trouver et de s'unir ne commence ni à Davos ni avec le «Plan Colombia» et elle ne s'arrêtera pas non plus là. C'est-à-dire que le «Plan Colombia» en est la raison momentanée et Davos la scène actuelle où nos combats confluent et sont poursuivis, tout comme à Genève, Seattle ou Prague. Car notre lutte n'est pas basée sur des moments et des conditions particulières. Notre combat ne s'entend pas non plus comme une lutte à l'intérieur de frontières déterminées par des Etats nationaux. Les agressions du capital, tel que le «Plan Colombia», ne peuvent pas être comprises comme un problème spécifique à la Colombie et encore moins comme un problème interne ou national indépendant du capital transnational. Il s'agit d'une agression ouverte et globale planifiée et menée sur la région par les USA avec le soutien de certains Etats européens qui cherchent à protéger leurs investissements en capitaux. Ils sont prêts à faire taire dans le feu et le sang les mouvements sociaux et les voix critiques qui remettent en question quotidiennement l'absurdité et les agressions du système dominant. Dans le cas précis des communautés noires, c'est les traditions de nos ancêtres qui se voient brisées. Il s'agit de ces formes, qui nous ont toujours portéEs historiquement et qui ont pour fondement la vie même, parce que notre option a toujours été et sera toujours la vie. Une vie qui soit en accord avec nos traditions et nos attentes, guidée par le savoir hérité de nos ancêtres dans le cadre d'une relation harmonieuse avec la nature et notre environnement.

Il s'agit donc pour nous de donner la possibilité aux luttes des communautés noires, indigènes et paysannes, de celles et ceux qui étudient, des jeunes, de toutes les personnes qui en ont assez de cette absurde ordre dominant, de communiquer entre elles. C'est ainsi que nous nous sommes fixés pour objectif de coopérer et de nous solidariser dans la mesure de nos possibilités avec des organisations ethniques ou territoriales, des collectifs, des groupes et diverses formes d'organisation. Il s'agit pour nous d'une perspective à long terme, qui va au-delà de la conjoncture du jour, d'une poursuite des expériences, de continuité dans le cadre de l'utopie construite communément.

Sur quelles bases voyez-vous la coopération avec vos contacts européens ?

Alfonso: Sur la base d'un processus de rapprochement des différentes réalités des communautés noires avec les groupements européens et inversement. Il ne s'agit toutefois pas de se concentrer exclusivement sur la réalité européenne mais de construire des relations globales, larges, ouvertes, horizontales, antipatriarcales déterminées par le non-pouvoir (no poder). Ces dernières doivent être clairement anti-capitalistes. Ces relations doivent s'exprimer au monde sous forme de divers scénarios, en incluant les réalités de l'Amérique latine, de l'Asie, de l'Afrique ainsi que des communautés et des collectifs marginalisés d'Europe et d'Amérique. En ce sens il est important de souligner qu'en tant que «Procès des communautés noires» nous nous comprenons comme partie des luttes historiques des noirs dans le monde entier. Celles-ci sont à nouveau liées aux luttes des êtres humains marginalisés et oppressés par le système.

Il faut encore dire que les fondements de notre combat - identité, autonomie et espace vital - ne sont pas des éléments exclusifs de la communauté noire. Plus encore, nous aimerions proposer ces concepts comme fil conducteur possible, nous permettant à nous tous de tisser cette grande utopie.



Le WEF : politburo de l’impérialisme

Bref aperçu : argent et pouvoir

Les conférences ne sont évidemment là que pour le spectacle et la propagande de la vision globale de l’élite du Nouvel Ordre du Monde. Il ne faudrait pas oublier qu’on est là pour faire du pognon : le Forum est aussi surtout une bourse de contacts parfaitement organisée qui se passe pendant les repas. Le « hasard » de la disposition des places autour d’une table peut se transformer en contrat de plusieurs millions. Schwab est réputé pour savoir faire se rencontrer les groupes et groupuscules affinitaires. Pendant les grandes messes qui regroupent tout le monde, on peut avoir comme des sujets aussi sérieux et importants pour la face du monde que « les problèmes conjugaux des couples qui ont réussi ». La globale aristocratie perchée au pouvoir mondial se dit avoir une perception consistante de ce qui est « bon » pour l’humanité. Aussi organise-t-elle en sus des débats politiques de la pensée unique. Il s’agit surtout de faire entendre la raison ultralibérale aux dirigeants sociaux-démocrates européens, seule alternative reconnue par la globale aristocratie.

Schwab est fier de pouvoir déclarer que le Forum est le centre du pouvoir parce qu’il a su réunir les décideurs économiques en même temps que des représentants de l’ONU, de la Banque mondiale, du FMI ou de l’OMC. Ce n’était pas une gageure vu l’attitude froide que les Américains entretiennent généralement envers l’ONU. La Fondation créée par Schwab est active toute l’année et partout. Elle a un rôle moteur d’interface dans l’interaction entre la globalisation du marché et les gouvernements.

La politique sous tutelle

La dimension politique a aussi déjà toujours été clairement là. En 1970 déjà, Schwab invita les chefs des exécutifs européens à une assemblée informelle à Davos pour janvier 1971. Le but était de discuter d’une stratégie cohérente pour les affaires économiques européennes, afin de s’intégrer au mieux dans le marché international. Depuis le choc pétrolier, le Forum des managers n’a en fait qu’accentué l’intégration des dimensions politiques, économiques et sociales dans son giron, le but du Forum étant évidemment de transformer les gouvernements existants pour qu’ils se soumettent au nouvel ordre économique de la finance internationale. Dès 1973, des forums sont organisés dans différents pays. Ils réunissent des représentants des affaires commerciales et des leaders politiques et économiques de pays spécifiquement choisis. Dès 1977, ce genre de forum est aussi organisé dans des pays en voie de développement, ce qui permet de les intégrer au commerce mondial. En 22 ans, ce Forum a organisé plus de 500 réunions, dont une trentaine au QG de la fondation à Genève. A partir de 1982, des meetings informels sont organisés à Davos, dans lesquels les membres des cabinets des pays les plus influents rencontrent les directeurs des institutions telles que la Banque Mondiale, le FMI, le GATT (aujourd’hui = OMC).

Du fait de son rôle de relais entre les milieux d’affaires et les milieux politiques, on reconnaît à la fondation des rôles essentiels dans de multiples situations :

- dès les années 80, elle joue un rôle substantiel dans les réformes économiques chinoises
- catalyseur en 1982 du processus de l’Uruguay Roud qui aboutit à la création de l’OMC.
- dès 1985, le WEF se concentre sur l’Inde, afin que celle-ci façonne sa politique selon la volonté des businessmen
- début de la fin de la guerre froide et début de la guerre commerciale sur le front de l’Est: discours pendant le forum de 1987 du ministre des Affaires étrangères de la RFA Genscher, exhortant les Occidentaux à coopérer avec l’Union soviétique de Gorbatchev
- réconciliation de la Turquie et de la Grèce sur la question chypriote, suite à une déclaration commune, en 1988, des premiers ministres Papandreou et Ozal
- première discussion entre les ministres coréens du Sud et du Nord, à Davos, en 1989
- accélération de la réunification de l’Allemagne : en 1990, rencontre à Davos entre le chancelier Kohl et le premier ministre Modrow
- contacts bilatéraux en vue de normaliser les relations avec le Viêt-nam, Davos 1990
- la première rencontre privée réunissant toutes les fibres politiques de l’Afrique du Sud a lieu au Quartier Général de la fondation à Genève en 1990. Il s’ensuivra la rencontre Mandela – de Klerk en 1992, à Davos
- rôle de consultant officiel du Sommet de la Terre de Rio en 1992
- rencontre Arafat – Peres en 1994 qui conduira à la conférence du Caire de 1997
- le sommet joue un rôle majeur de conciliateur dans l’avènement, en 1995, du Mercosur (marché commun entre l’Argentine, le Brésil, le Chili (depuis 1996), le Paraguay et l’Uruguay)
- initiateur de la Conférence économique du Proche-Orient/Afrique du Nord au Caire
- comme vice-directeur du comité de planification du développement de l’ONU, Schwab est aux premières loges pour réagir à l’accord de Dayton de 1995. Aussi assistent au Forum de 1996 presque tous les leaders des nouveaux pays balkaniques

Grâce à la création, en 1998, du Business Consultative Council, réunissant une trentaine de dirigeants patronaux du monde entier et des hauts fonctionnaires de l’ONU, le WEF permet la rencontre et des relations permanentes entre la communauté des affaires et le système des Nations Unies, l’objectif étant d’offrir aux Nations Unies l’appui des milieux d’affaires. En contrepartie, l’ONU, devenant fonctionnelle, saura promouvoir le nouvel ordre économique mondial.

tiré de "Dr Schwab et son forum économique mondial"



Quelques petits conseils

A Davos en hiver, il fait froid, parfois même très froid (bien en-dessous de 0°). Parfois, il neige ou il pleut. Alors, pensons aux habits chauds et imperméables (bonnets, écharpes, lunettes, doudounes, gants, etc).

Farceurs, les flics peuvent nous réserver diverses surprises:
- Contrôler et fouiller le car : ne prenons donc ni agenda, ni liste d'adresses (y compris dans le natel !!!), évitons tout instrument dangereux ou substance illégale susceptibles d'intéresser la police et d'interrompre notre excursion. Prendre par contre sa carte d'identité !
- Arroser les manifestant-e-s. Prenons des habits de rechange. Les couvertures ne sont pas inutiles non plus.

Nous serons en route une journée entière. Prenons donc suffisamment de nourriture et de boissons pour ne pas avoir à nous arrêter dans tous les fastfoods que nous rencontrerons. Les chiens et tous autres animaux ou pokémons sont à laisser à la maison.



Deux brochures pour en savoir plus

"Dr Schwab et son forum économique mondial", 16 pages
Textes sur les fondements du WEF et sur son fondateur, Klaus Schwab


"Et bing dans l'oeil ! Recueil de textes pour contribuer aux luttes contre la globalisation et le capitalisme", Editions T'Okup'!, janvier 01, 28 pages
Citations et recueil de textes (Black Bloc anarchiste, blocage de l'OMC à Seattle, quel avenir pour les luttes contre la mondialisation économique, etc.)

Les deux brochures sont disponibles à l'infokiosk ou contre une enveloppe timbrée.